Fleurus d'Algérie (1848 - 1962)

L'ancienne pste de Fleurus

Le premier bureau de poste

(carte postale éditée par Alphonse Oliver vers 1924))

Nous sommes au milieu de la rue de Paris en regardant le bout oriental de l'îlot S. La poste y est installée depuis 1904, quoique des projets soient déjà en cours pour un nouveau bâtiment dans l'îlot R, à 40 mètres à droite. (Il sera inauguré deux ans après.)

En 1883 René Berger, architecte préparant une demeure pour sa retraite, acheta aux héritiers de Félix Lebrasseur père, qui venait de mourir, le lot jouxtant la place, où on devait construire plus tard le monument aux morts. Il fit entièrement rebâtir la maison, selon des principes qui auraient conforté les auteurs des conseils hygiéniques aux premiers colons, conseils qui ne furent pas suivis au moment de la construction hâtive des maisons de colonisation : notamment, la surélévation avec cave et vide sanitaire. Les Berger n'en profitèrent pas longtemps, car elle mourut en 1892 et lui se retira dans un hospice à Oran peu après. On continua cependant à l'appeler «villa Berger», en l'associant, non plus aux prouesses, certes assez modestes, de l'architecte, mais au fait qu'elle donnait une coquette apparence au premier bureau de poste du village, à l'époque de sa première receveuse, Lucie Muselli. Lorsque l'entrepenant Alphonse Oliver voulut vendre dans son épicerie des cartes postales du village, il fit faire ce cliché, qui a certainement été envoyé à bien des correspondants.

Les ouvertures sont en pierre appareillée, les murs en briques recouvertes d'un enduit : on a beaucoup progressé depuis les premières maisons. On distingue des festons, probablement en céramique, sur l'arête de la toiture, ainsi que des ornements sur les chapeaux de cheminée. Il y a aussi un motif décoratif au-dessus de la porte, sous l'inscription sur le mur, et la plaque saillante standard apposée en dessous : «Fleurus / poste et télégraphe». Les grilles d'enceinte en fer forgé posées sur les murs, le petit espace les séparant de la maison, l'élévation de celle-ci, et les marches s'ouvrant sur le trottoir, dessinent un rapport nouveau entre la maison et la rue, fait à la fois de protection, de domination et d'ouverture. Cette dernière justifie bien le choix de cet édifice pour un service public. Le poteau télégraphique, qui lie le village au reste du monde depuis 1884, est bien en évidence sur la devanture. Une poste conçue comme telle remplaça celle-ci en 1926, et Emile Berger, parent de l'architecte, s'y réinstalla vers 1930.

Comme, à l'époque, dès qu'un photographe installait son trépied et son cache, tous les passants essayaient de s'insérer pour être immortalisés par la carte postale, Jean Pons, photographe, a su s'allier le garde-champêtre, Adrien Schneider, pour assurer l'ordre et faire respecter son angle de vue. Donnant donnant, c'est Schneider qui sera immortalisé, ainsi que le petit René Diez avec une amie non identifiée. Le receveur Marius Rey, d'ailleurs mutilé du guerre, prend certainement trop au sérieux ses responsabilités de télégraphiste pour s'attarder sur son perron.

 

 

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